Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

21/05/2005

Distinction

« On ne demande pas, l'oeil fixe, son identité au Maître. Celui-ci sait devenir un temps étranger à lui-même et, pour déjouer la simulation sophistique, dissimuler son origine. Le Trop parlant n'a pas bien entendu le Silencieux. Dans sa fureur de tout engloutir, ses crocs se sont refermés sur... Personne. » (Mattéi)

 

medium_x_par_lkl.jpg



La grossièreté, la vilenie, c'est la populace parlant à la populace car n'est pas extraite pas la pure forme. Charisme ? Elle charrie plutôt du contenu, des signes ambigus qui flottent et fluctuent dans une logorrhée indistincte puisque Parole prétendant et valoir pour tous et exprimer ce que chacun "pense", c'est-à-dire doit penser. Elle n'a pour destination que l'universel égout de l'équivocité du commun. Avoir sa place, quelle qu'elle soit : hiérarchie infernale et domination par l'immonde dêmos, "maillage de tyranneaux" et gémonies, promiscuité de l'impudique géhenne bien éloignée des espaces de la sèche étincelle qui initie et déchaîne l'affirmation foudroyante de la puissance singulière.

En effet, l’aristocratisme est, quant à lui, l’attention à la pure actualisation de la puissance. Car dès lors que l’éthique s’avère philosophie première, elle devient l’esthétique. Le style, ou même ce qu'on a pu appeler le grand style. A l'inverse de la grasse suffisance de l'orateur de la plèbe, seul l’exemple de la joie, de l'augmentation de puissance et de la sérénité rationnelle a quelque efficace : la grâce. Car le grand style est, selon un premier aspect, un infini processus de singularisation. Il n'est pas cette adhérence organique au fleuve limoneux de sa propre pose. L'on n'est que ce que l'on devient : auto-synthèse, auto-compréhension, c'est-à-dire survol à vitesse infinie de ses propres composantes. Tel est le concept. C'est lui qui accède à la présence réelle et à la réalité de la présence puisqu'il est puissance en acte et intellection de leur (non-)rapport. Le préalable minimal est toutefois d'appréhender que c'est de ce qu'il faut bien nommer le soi, ce silence peuplé, que naît et meurt le langage, antique fleuve circulaire, irrémédiablement serf de la double consistance de ses rives hétérogènes, actives et mouvantes. C'est que le langage ne cèle rien, il est sublime nef, docile instrument mais certainement pas instrument de la docilité. Se tenir, non s'oublier : voilà ce qui distingue le Logos du Maître de ses simulacres émétiques et lotophages.

 

18/05/2005

Anomalies sauvages

medium_lupi.jpg


« Les théories ne sont faites que pour mourir dans la guerre du temps » car « c'est l'événement réalisé qui est le garant de la théorie. »

L'ontologie est d'essence stratégique puisque, comme le sait tout philosophe et même - ce qui n'est pas peu dire - tout historien de la philosophie, il n'y a d'ontologies que stratégiques. Bien plus, l'ontologie, c'est la stratégie.

 

 

 

16/05/2005

Borborygmes

medium_micrh.jpg


Nous appelons "rhéteur" tout maître de la Parole, c’est-à-dire également le prophète et ses confrères. Remarquons que Quintilien se trompait et parlait en orateur : non, la philosophie ne peut se contrefaire. Il est vrai que l’éloquence non plus, mais c’est qu’elle a pour essence la contrefaçon. L’éloquence qui se contreferait serait donc la philosophie qui, quant à elle, n’est éloquente que secondairement (kata sumbebêkos).

Badiou erre. La mathématique n’est pas l’ontologie. Car la mathématique a pour contenu sa propre forme. Sauf à se définir, dialectiquement, contre la Parole, c’est-à-dire en la restaurant, en en gardant son noyau central qu’est la transcendance, on ne peut avaliser une telle ontologie. En fait, d’une manière fort différente de Frege ou de Russell, nous posons que la logique est plus générale que la mathématique. Celle-ci est en effet un langage parmi d’autres, "un formidable argot" ; ce qui ne veut évidemment pas dire – nous rejetons ainsi tout réductionnisme au profit d’un émergentisme s’autorisant, quant à lui, non de fantasmes mais des faits – que la mathématique ne crée rien d’irréductible à la logique. C’est une logique. Car la logique est également une logique en ceci que ce "la" signifie un type général, singulier et concret mais non abstrait ou fictif ("êtres de raison"). Certes, mais pas n'importe laquelle : celle qui émerge, non celle qui se décrète. La méthode n'est pas propédeutique, elle est "ce qui vient après".

Rappelons que le langage est torsions de torsions, "pli selon pli" ou, à la manière de Saussure, système purement différentiel. A la suite de Deleuze, nous ajouterons : en constant déséquilibre, en équilibre instable. Venons-en à Wittgenstein. Son désir de thérapeutique par éclaircissement du langage va plus loin. Mais, comme le decipit du Tractatus le signifie à ceux qui savent l’entendre, il était incapable de parler du Mystique. Il n’était pas le seul mais, lui, le savait ; c’est d’ailleurs pourquoi il a écrit cela. Au moins, du silence… Ceux qui s’autoproclament ses héritiers, c’est-à-dire sa postérité analytique, sont donc des ratiocineurs sans substance, puisqu’il n’y a plus rien à éclaircir si la question du Mystique est évacuée. Ce en quoi ils régressent grandement, s’inféodant derechef à la Parole. Car ils ont pris ledit decipit pour un Commandement du Maître. Pouvoir imaginer Wittgenstein comme un maître suffit d’ailleurs à s’auto-réfuter. Donc : "retour à" l’antique argument d’autorité. Transcendance. Eglises. Ce qui n’est pas sans rapprocher cette "école" de son ennemie – du même âge presque – nommément la psychanalyse. Mais au moins cette dernière est-elle plus lucide quant à sa nature sectaire (mais on n’est pas, tels ses zélateurs lacaniens, contraint de penser que c’est un argument de plus en sa faveur). Car avec ces "philosophes analytiques" c’est de Sade, mais ici d’un Sade aveuglé, qu’il s’agit. La monotonie de leurs opérations, cette pulsion de la répétition, consacrent en effet leur impuissance à annihiler la "Nature première".

Que font donc ces plats et brumeux philosophes du "langage ordinaire" ? Ils tentent de détruire ce qui les traumatisa, les traumatise encore : ce "bain de langage" qui les sépara du Soi. Paix dans les pensées ? Paix à l’âme ? Si, encore une fois, le Soi n’est pas le Moi puisque c’est le Soi-même (au cours du temps) qui est le Moi, quoi qu’ils fassent en fait, il n’est pas sûr qu’ils ne doivent pas fréquenter un quelconque lieu de culte, ce qui ne signifie d'ailleurs pas qu’ils ne doivent pas s’allonger sur le divan. Leurs continuelles proclamations de rigueur rationnelle, leur suivisme fort comique à l’endroit de la science, ne laissent pas de faire penser à une monumentale dénégation ou du moins à une pure et simple incantation.

La Parole n'est pas le Logos. Il faut être esclave pour les confondre.