27/11/2005
Genus irritabile vatum

« Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts. » (La Rochefoucauld)
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25/11/2005
Morituri (ikisme aigu)
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22/11/2005
Dura lex
« Tout acte exige l'oubli, comme la vie des êtres organiques exige non seulement la lumière, mais aussi l'obscurité. » (Nietzsche)

Le temps, du moins lorsque l'on vogue à des vitesses éloignées de celle de la lumière, est réputé se dérouler uniformément. Sa scansion est régulière. Bien plus, ce que le temps scande est la régularité en tant que telle. Objectivement, le temps passe donc aujourd'hui à la même allure qu'il est passé hier et passera demain. Tout être humain, cependant, sait bien que, subjectivement, il en va tout autrement. Même confusément, chacun est conscient qu'une journée enfantine durait plus longtemps que celle d'hier.
Pourquoi ? Parce que l'alliance entre habitude, mémoire et conscience est infernale.
En effet, l'essence de la durée est rapport. Mais précisons que la durée diffère du temps mesuré selon la variable t. Celui-ci est assimilé à un segment sur un axe spatial. On renverra sur ce point à la critique bergsonienne. Ainsi, la place de chaque segment sur l'axe du temps n'a-t-elle aucune influence sur la taille du segment lui-même. Si l'on peut superposer deux segments t1 et t2, ils sont décrétés identiques. Néanmoins, c'est abusivement que l'on dira que leur durée est la même. En réalité, t1, s'il est antérieur à t2, a une durée supérieure à t2.
Quelle est l'origine de cette distorsion ? Que se passe-t-il ?
Il se passe le temps, ou plus exactement, le temps passe. Mais dire que le temps passe c'est dire implicitement qu'il passe de plus en plus rapidement. L'explication est simple. Chaque segment temporel est rapporté par la conscience à la mémoire (M) qui croît au cours du temps. Il apparaît clairement que le rapport t / M ne cesse de décroître puisque le numérateur ne varie pas tandis que le dénominateur augmente. D'où l'on déduit sans coup férir qu'aujourd'hui dura plus longtemps que ne durera demain. Que le futur diminue, on le savait. Mais on a tendance à oublier qu'à cause de la mémoire, il fond de plus en plus vite. Non, l'avenir ne dure pas longtemps, c'est le passé. Car Cioran a raison, il y a bien chute dans le temps. Et paradoxalement, si ce n'est paraboliquement, celle-ci, éminemment, n'est pas libre.
Par conséquent et en réalité (id est selon le couple objectif-subjectif), on peut affirmer que la vitesse d'écoulement du temps augmente. On appellera loi d'Anaximandrake cette inéluctable accélération du temps. Même si c'est d'une manière à la fois plus imprécise et plus classique, on peut aussi bien invoquer l'habitude. Corrigeons donc Bergson. Ce n'est pas la conscience mais l'inconscience qui est une mémoire accompagnée d'une liberté.
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