Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/12/2005

Alter et ego

« Je comprends qu’on soit l’ami d’un pauvre animal, d’un cheval ou d’un âne condamné aux plus durs labeurs, sans défense, muet. Je ne comprends pas qu’on puisse être, à notre époque, l’ami du Peuple.

Qu’est-ce que le Peuple ? C’est cette partie de l’espèce humaine toujours respectueuse des conventions sociales, qui n’est pas libre, pourrait l’être et ne veut pas l’être ; qui vit opprimée, avec des douleurs imbéciles ; ou en opprimant, avec des joies idiotes. C’est la presque totalité des pauvres et des riches, c’est le troupeau des moutons avec le troupeau des bergers. » (Darien)

 

medium_cleo5a7.jpg
 

Dans certains systèmes logiques, q (p => (non-p => q)) est un théorème. Ce qui se dit aussi : si p est démontrable, alors non-p l'est aussi, ce qui implique que toute proposition q est démontrable dans ledit système. En effet, dans un tel système, toute proposition est un théorème. On peut démontrer tout et son contraire, c'est-à-dire qu'on ne peut rien démontrer. Ces systèmes sont dits inconsistants; il est impossible d'y raisonner, c'est-à-dire d'individualiser et d'assumer.

 

Pourquoi certains élisent-ils ces systèmes comme leurs ? Réfléchissons. Il appert qu'il s'agit pour eux d'éviter des systèmes incomplets. En effet, dans un système incomplet, on ne peut pas trouver toutes les propriétés des objets, ce qui, cependant, n'empêche pas de raisonner. Mais la phobie des systèmes incomplets est caractéristique des individu-egos. L'imaginaire y est souverain. L'incomplétude est pour eux génératrice d'angoisse. Le manque ne peut pas être géré ; il est donc décrété inexistant. Pour cela, il s'agit de se rabattre sur un système inconsistant. Tout ce qui est autorisé par la syntaxe est un théorème. Rien n'y est pensable. C'est la rançon relative à la conservation du fantasme du tout. C'est la condition pour que le rien puisse être dit quelque chose. C'est la dialectique du Moi, du Moi comme tout. Car le Moi est prisonnier de l'imaginaire. Par peur de la séparation, le Moi forclôt le symbolique. En effet, il échappe au Moi que la séparation est la condition nécessaire de la connection. Dans les faits, pourtant, le Moi préfère l'exclusion à la connection. La relation n'est que relation de Moi à Moi. Pur narcissisme. Certes, le Moi connaît la négation ; cela est hors de doute. Le non-Moi, pour le Moi, c'est l'Autre, pas le Soi. Le Moi ne prend pas sa substance hors de lui. Non, pour le Moi, c'est le non-Moi qui prend sa substance dans le Moi. Et, fatalement, le non-Moi a pour essence la confusion entre Soi et non-Soi. Bref, une dimension manque : celle de l'endo-consistance.

 

Avec de tels systèmes logiques, on a affaire à une angoisse panique. Une angoisse territoriale. On refuse de penser. Le Moi se décrète propriétaire de son point de vue. Comment peut-on en arriver là ? Refuser le symbolique, c'est-à-dire le Soi, signe une structure incapable de saisir que son identité est hors langage. Elle préfèrera s'autistiser, se solipsiser, donner foi - comme dans la schizophrénie - à des voix dans la tête, plutôt que de donner voix à autrui dans le langage. Pour ce genre de structure, Il est Toi qui est Moi. L'angoisse conduit d'abord à considérer autrui comme un ennemi puis finit par le nier. Pour elle, il n'y a qu'un individu dont la structure est le monde. Voilà le délire du Moi. Puisque l'inconsistance est ce qui caractérise le système logique du Moi, celui-ci doit donc trouver une cohérence hors de soi. Il est dépendance pure. Oui, un Moi ne peut tenir debout que grâce à l'image. Sa cohérence est hors de soi et revendiquée comme telle. Il est servile par nature. En effet, autrui étant nié, il surgit dans le réel sous l'espèce de l'Autre. L'autonomie est manquée. Oedipe, Oedipe...

 

Les tenants d'un tel système logique sont bien loin de Blanchot commentant Mallarmé : « La parole seule se parle. » Car ici, Blanchot parle en auteur. Il est capable de mettre le langage à distance, de, symboliquement, s'en séparer, c'est-à-dire d'activer sa fonction symbolique. L'auteur est tout sauf un être de langage. Ce qui est se dit aussi : il est capable d'oeuvre. En revanche, le Moi ne peut se distinguer de ses oeuvres, c'est-à-dire donc qu'il en diffère absolument. Il ne peut que produire. Pour être apte à l'oeuvre, il lui faudrait avoir son principe de cohérence en soi, donc être apte à le transmettre.

 

« Pourquoi » ? « Pourquoi » ? Régression à l'infini. Définition de la définition. Recherche de la référence absolue. Voilà les conséquences et symptômes de l'inconsistance. On attend d'autrui qu'il fournisse la preuve de la preuve. On forclôt ainsi l'épreuve de l'altérité, c'est-à-dire l'expérience du Soi. Celui-ci, en effet, n'advient qu'à la relation comme troisième terme. De plus, un nom propre y est requis pour toute chose ; ce qui est mépris de toute pensée. Il faut être tout car si autrui n'est pas rien, il pourrait menacer la cohérence imaginaire du Moi. On s'approprie alors le langage commun pour n'en conserver que l'usage conjuratoire (on croit que le mot remplace la chose) et l'usage fasciste. Oui, « ça boucle ». Et pour cause : il n'y a plus qu'un unique sujet grammatical possible. Autrui n'a pas de place ; le symbolique comme requisit conjonctif a disparu. Inceste et dévoration. Sans symbolique l'altérité ne peut être que menaçante. Hypostasier l'absolu en Moi, voilà le paralogisme de l'esclave. L'imaginaire qui est possession fantasmatique d'un point de vue devient donc souverain. L'angoisse s'incarne comme implication de l'inconsistance. Transfert d'angoisse sur un point de consistance. On conserve son tout fantasmé par la médiation d'autrui considéré comme rien. C'est bien une forme de servitude volontaire.

 

Néanmoins, passer du Moi au Soi requiert la capacité permutative, c'est-à-dire l'aptitude à dépasser l'angoisse fusionnelle et l'illusion subséquente de la propriété d'un point de vue. L'accession au domaine du transcendantal est d'abord assomption de sa liberté. Mais l'imaginaire, on l'a vu, a sa cohérence hors de soi. On comprend pourquoi Oedipe est convoqué comme paradigme fondamental, comme structure indépassable. Il faut que le symbole, encore, soit une image. Oui, c'est bien la "névrose de base" décrite par Bergler. L'esclave, par nature, crée le maître.

 

Moi = Moi. Voici ce que, selon la logique classique, profère l'hystérique . Donc tu n'es rien, répond l'obsessionnel, le petit juge, inféodé à la vérification, c'est-à-dire exclusivement aux choses. Mais l'aphasie de l'obsessionnel est adéquate au désir bavard et projectif de l'hystérique.

 

Quoi qu'il en soit, on ne sort pas du classique aveuglement selon lequel la négation de la négation est affirmation. Ultimi barbarorum : avec de la méfiance, on prétend aboutir à de la confiance. Autrui ne serait admissible que s'il était servile, c'est-à-dire si le symbolique était homogène à l'imaginaire. Voilà ce que prône l'adversaire de l'intuitionnisme.

 

Mais, non, la survie n'est pas une vie.

 

 

 

29/11/2005

Copyright opera mundi

« N’écoute les conseils de personne, sinon du vent qui passe et nous raconte les histoires du monde. » (Debussy)

 

medium_avengers-diana-rigg.jpg

Comment expliquer la genèse de l’ego ?

 

Prenons, comme représentation d’un individu-ego, une surface plane déformable. L'ego est le centre de gravité qui impose sa position à tout le reste du champ psychique. Mais, on le constate tous les jours, l’individu-ego est conscient du fait qu’il diffère de son image et c’est ce qui explique d’ailleurs son comportement. Dans cette modélisation, le « moi-histoire » (compression du passé et de l’expérience propre), se trouve dans l’orbite la plus proche de l’ego autour duquel il gravite. Le moi-histoire impose aussi une force de déformation à la surface plane (le champ intensif) mais il s'agit d'une déformation de déformation car la surface n’est plus plane dès lors que le moi-histoire la déforme. En effet, elle est déjà déformée par l’ego. Le moi-histoire subit donc la force de gravité de l’ego et voudrait être en son lieu pour coïncider avec son image. Ce qui est impossible. En effet, l’ego n’a pas de contenu mais n’est qu’une force de déformation. L’illusion et le piège sont précisément ici. Il n’y a pas d’image déployée au lieu de l’ego mais simplement une force. Car ce qu’on croit être substantiel dans ce lieu s'avère en fait situé dans un autre plan, parallèle. Imaginons un miroir au lieu de l’ego. Il ne fait pas face au moi-histoire mais est incliné et reflète un contenu situé sur l’autre plan. Qu’est-ce que cet autre plan ? Il a les mêmes caractéristiques que le premier ; il modélise également un individu-ego. Le reflet sur le miroir incliné du plan 1 est celui du moi-histoire du plan 2. Donc le moi-histoire du plan 1 prend comme contenu de son ego le moi-histoire du plan 2. De même, il y a un autre plan parallèle au plan 2 qui n’est pas le plan 1 mais un plan 3. Ce processus est prolongeable à l’infini. Reflet de reflet de reflet … Pur reflet donc. Sans rien à refléter.

 

L’image est donc fortuite, contingente, et n’a d’autre intérêt que de permettre de connaître les autres plans connexes. Le moi-histoire ne peut se référer à son ego comme miroir puisque celui-ci est incliné par nature. La fonction référentielle traverse tous les plans mais elle est vide, totalement. Pourquoi invoquer le Socius ? Car celui-ci est présent en chaque individu mais ne l’est tout entier en aucun. L’ego est donc le lieu du Socius en tant que trancendant à chacun. C’est pourquoi on attribuera au Surmoi l’illusion de l’ego ; c’est en effet le plan 2 de notre exemple qui joue le rôle de Surmoi parce qu’il crée et est créé par l’illusion de l’ego substantiel.

 

Conçu ainsi, il est possible de définir une nouvelle organisation des plans, mais il faudrait dire du plan. En effet, on a vu que l’ego n’était image que par la distinction des plans qui autorise le reflet. Considérons maintenant qu’il n’y a qu’un plan. Nommons-le P. L’ego est le même dans tous les cas en tant que force de transformation. Notons malgré tout que son coefficient de déformation diffère à chaque fois mais ne le fait que par la distinction des plans et donc par les reflets des différents moi-histoire. L’ego en tant que force de transformation pure s'avère identique dans les plans 1, 2 etc. Y a-t-il une information perdue si l’on considère qu’il n’y a que P au sein duquel il y a l'ego pur ? Non, puisque la force de gravitation de l’ego au sein des plans 1, 2 etc. était suffisante. En effet, elle relayait celle du moi-histoire de l’autre plan. Elle n’était que cela. L’ego s’avère donc une pure fonction de réflexion. Qu’est-ce que cela signifie ? L’ego n’est plus que miroitement, fonction miroir, qui allie les fonctions de réflexivité et d’unification. Nommons-le dans ce cas R/U. Ce qui est réfléchi dans R/U trouve une unité mais il est réfléchi au sens de transformé ; ce n’est pas une image qui y est vue.

 

Qu’est-ce donc ? Pour répondre à cette question, il convient de déterminer d’abord « ce qui est réfléchi ». Il s’agit d’un moi-histoire auto-référentiel instantané. Par R/U, il est transformé en un autre moi-histoire. Ce qui est vu dans le pseudo-miroir que constitue R/U est un troisième moi-histoire. Il apparaît donc évident que R/U joue précisément le rôle d'un temps pur, non chronologique. Si l’on se place du point de vue du moi-histoire qui se réfléchit, ce qui est réfléchi dans le pseudo-miroir se situe chronologiquement entre le moi-histoire qui se réfléchit et le moi-histoire réfléchi par R/U. Mais qu’est-ce que R/U ? C’est un autre moi-histoire qui opère comme réflecteur, transformateur, différenciant. Du point de vue de ce moi-histoire 2, la chronologie est différente puisqu’il s’est lui même réfléchi, transformé par le moi-histoire qui se transformait en lui. Ce qui est premier pour le moi-histoire 2 est second pour le moi-histoire 1 et réciproquement. Seul le moi histoire 3 est considéré comme simultané par les moi-histoire 1 et 2. Mais ce moi-histoire 3 lui-même est double. Il a une partie de lui-même dans le moi-histoire 1 et une autre dans le 2 et perçoit conséquemment une autre chronologie. Les autres moi-histoires ont évidemment la même structure. Le 3 n’en reste pas moins un ou plus exactement unique car il ne peut pas se totaliser ; c’est une singularité. Il s’agit donc de concevoir P comme un champ d’intensités. Chaque zone d’intensité au sein de ce champ peut être conçu comme une partie d’un moi-histoire. S’il est éclaté c’est parce qu’il est constitué de différentes intensités, et donc de différents instants c'est-à-dire que celles-ci sont le matériau d’autres moi-histoires. Mais P n’appartient à aucun d’entre eux, contrairement à ce que croient les individus-egos. L’impression de chronologie vient du fait qu'entre l’intensité I1 et l’intensité I2, il doit y avoir continuité, c’est-à-dire une intensité i1 et une intensité i2 contiguës l’une à I1 l’autre à I2 etc.. Et ce, pour être simplement conçue, c’est-à-dire pour que I1 et I2 « tiennent » ensemble. Mais, en réalité, on a affaire à une harmonique d’éternité qui s’exprime selon un mode particulier.

 

Beaucoup de choses changent dès lors que l’on conçoit les individus ainsi.