18/06/2005
Flux de lambda-calcul

1932. Alonzo Church invente le lambda-calcul. Son but est d'éviter le massif de la classique théorie des ensembles pour parvenir à fonder les mathématiques. L'échec est patent. Basé sur le concept de fonction, le lambda-calcul s'avère posséder une expressivité nettement plus réduite que celle de l'ensemblisme. Il autorise trois opérations syntaxiques fondamentales qui sont isomorphes aux instructions ayant cours en informatique : adresse des instructions, adresse des données et exécution. En fait, la puissance du lambda-calcul est régionale, et de même ampleur que celle des machines de Turing. Elle est adaptée aux questions de calculabilité. Que Krivine, récemment, ait pu penser que le lambda-calcul soit apte à rendre compte des processus mentaux (intégration des données, processus en cascade, etc.), ne démontre que l'identification abusive entre pensée et calcul. Encore, donc, métonymie et métaphore. Les lacaniens y verront ce qu'il faut y voir. Quoi qu'il en soit, en l'absence de machines pensantes réelles fondées sur le lambda-calcul ou sur quelque autre langage de ce type, il est bien clair que ce rêve leibnizien n'est pas encore réalisé. Mais, étho-onto-logiquement parlant, si ce songe génère amitiés et bons vins, alors que, joyeusement, il perdure.
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Je vous enjoins de ne pas manquer les débuts du séminaire virtuel de Béotien consacré à la lecture de Différence et répétition et de l'Être et l'événement.
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16/06/2005
Synecdoque
Nabokov, La défense Loujine :
« De même que, dans une partie réelle, il arrive qu’une "étude" composée par un inventeur de problèmes se reproduise confusément sur l’échiquier, de même, dans son existence actuelle, se dessinait la répétition d’un schéma bien connu de lui. Et, la première joie passée – la joie d’avoir constaté le fait même de la répétition – Loujine, dès qu’il se mit à vérifier soigneusement sa découverte, eut un frisson. Avec une vague admiration et une vague terreur, il examinait la façon effrayante, souple et raffinée, dont s’étaient enchaînées, depuis quelques temps, un coup suivant l’autre, les images de son enfance (la maison de campagne, et la ville, et l’école, et sa tante de Pétersbourg), mais il ne comprenait pas encore ce que cette répétition avait de terrifiant pour son âme. »
Plus loin, et en guise de conclusion :
« […] au moment même où Loujine desserra les doigts, au moment même où l’air glacial s’engouffra impétueusement dans sa bouche, il comprit quelle éternité s’ouvrait devant lui, accueillante, inexorable. »
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14/06/2005
Prise d'éternité
« Car les philosophes, ce sont des êtres qui sont passés par une mort, qui en sont nés, et qui vont vers une autre mort, la même peut être. » (Deleuze)

Naître c'est se produire non comme mortel mais comme déjà mort. La vie, en effet, est "épiphanie de la mort". Nul nihilisme en ceci, tout au contraire. De quoi s'agit-il en fait ? Se savoir mortel est insuffisant. Ce savoir n'engendre que l'extrême angoisse de l'hypochondriaque : la vie comme agonie, comme ce qui ne cesse de se retirer. Au contraire, et à la manière stoïcienne, il s'agit de comprendre que la mort n'est rien pour moi puisque lorsqu'elle paraît je ne suis pas. En ce sens, naître c'est être déjà mort, donc vivre c'est être immortel. Renversons la première représentation. La vie n'est pas un fleuve qui s'écoule vers l'océan noir de la mort. La vie éternelle, ici et maintenant, est un cercle dont le centre est le trou noir de la mort. C'est elle qui totalise la vie, en fait un tout cohérent. Car chaque instant est en relation avec tout autre en un rapport non causal, mais bien plutôt de type musical, c'est-à-dire en relation de résonance. Chaque moment est à la fois absolument différent mais étrangement familier, oui, le même, mais selon une sorte de changement de point de vue. Arrivera donc à vivre non celui qui se sait mortel mais celui qui se sait mort, donc absolument éternel et présent. La vie devient une variation mélodique sur un clavier intensif dont le nombre de notes est immense quoique fini. L'instant de la mort, ou plutôt le dernier instant de la vie, est absolument quelconque, c'est-à-dire échangeable avec tout autre. Ta mort a lieu à chaque instant. Elle a donc déjà eu lieu. Nous ne dirons pas que la vie est ce milieu entre deux néants. Ceux-ci ne diffèrent en rien : c'est le même. Ceci d'ailleurs, la diplopie, qui est impure décorrelation, le manque. Oui, ton extrême passé se confond avec ton extrême avenir. Tous deux ne sont rien. Il est donc tout aussi absurde de poser cet unique néant dans l'avenir que dans le passé. Mais le poser dans l'avenir c'est plonger vers le rien, vers l'angoisse. C'est être insensé. Au contraire, le poser dans le passé, c'est ne cesser de se distinguer de ce néant. Sénèque est à écouter attentivement : quicquid aetatis retro est, mors tenet . A chaque instant, la vie se doit de se produire comme éternelle. Ne pas comprendre ceci est ce qui sépare de la vie vécue, de la grande santé effectivement dissipée. Oui, la vie doit brûler comme une flamme : in girum imus nocte et consumimur igni.
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13/06/2005
Canard de croix
L'instant étant souverain, il requiert, repoussant à demain l'aperçu d'éternité, une station préalable. En effet, pour, à certains, ouvrir les yeux, parfois d'étranges biais sont nécessaires.
« Brian... the babe they
called Brian
Grew... grew, grew and grew,
Grew up to be,
Grew up to be,
A boy called Brian
A boy called Brian.
He had arms and legs and hands
and feet
This boy whose name was Brian
And he grew, grew, grew and grew
Grew up to be
Yes he grew up to be
A teenager called Brian
A teenager called Brian.
And his face became spotty
Yes his face became spotty
And his voice dropped down low
And things started to grow
On young Brian and so
He was certainly no
No girl named Brian
Not a girl named Brian.
And he started to shave
And have one off the wrist
And want to see girls
And go out and get pissed
A man called Brian.
This man called Brian. »
(Monty Python)
20:49 | Lien permanent | Commentaires (1)


