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14/07/2005

Latence captieuse

« Heureux âge, et siècles heureux, ceux auxquels les anciens donnaient le nom d'âge d'or, non point parce que ce métal, qui s'estime tant dans notre âge de fer, se recueillait sans aucune peine à cette époque fortunée, mais parce qu'alors ceux qui vivaient ignoraient ces deux mots, tien et mien. » (Cervantes)

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« Dans l'attente où il n'est plus rien qui puisse différer. L'attente est la différence qui a déjà repris tout différent. Indifférente, elle porte la différence.

Le perpétuel va-et-vient de l'attente: son arrêt. L'immobilité de l'attente, plus mouvante que tout mouvant.

L'attente est toujours cachée dans l'attente. Celui qui attend entre dans le trait caché de l'attente.

Ce qui est caché, cela s'ouvre sur l'attente, non pour se découvrir, mais pour y rester caché.

L'attente n'ouvre pas, ne ferme pas. Entrée dans un rapport qui n'est pas d'accueil, ni d'exclusion. L'attente est étrangère au mouvement se cacher-se montrer des choses.

Qui n'attend, rien ne lui est caché. Il n'est pas auprès des choses qui se montrent. Dans l'attente, toutes choses sont retournées vers l'état latent. »

 

(Blanchot, L'attente, l'oubli)

 

(14 juillet 2005)

13/07/2005

Objectivité partiale

« La conscience de l'être était graduellement devenue plus confuse, et celle de localité avait en grande partie usurpé sa place. L'idée d'entité s'était noyée dans l'idée de lieu. » (Poe)

 

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« Il est récurrent, chez Deleuze, de soutenir que les multiplicités, à la différence des ensembles, n'ont "pas de parties". C'est bien, à notre avis, ce qui fait que leur opposition aux ensembles se fait sous le signe de l'Un. Certes, nous voyons qu'il s'agit de sauver la singularité qualitative, et la puissance vitale qui s'y attache, mais nous ne croyons pas qu'on y puisse parvenir par ce moyen. Au vrai, c'est tout le contraire : l'excès immanent qui "anime" un ensemble, et fait que le multiple est intérieurement marqué par l'indécidable, résulte directement de ce qu'il a non seulement des éléments, mais aussi des parties. C'est un grand point de faiblesse, dans toute théorie des multiplicités, que de ne pas distinguer leurs éléments (ce que le multiple présente, ou compose) de leurs parties (ce qui est, par le multiple, re-présenté par un sous-multiple). Déjà l'énoncé selon lequel les multiplicités n'ont pas de parties indifférencie les deux types d'immanence, les deux formes fondamentales de l'être-dans, que la théorie des ensembles sépare dès lors qu'elle distingue l'appartenance (élémentaire) et l'inclusion (partitive). Or le rapport entre ces deux formes est la clef de toute pensée du multiple, et à le méconnaître, on ne peut que soustraire la philosophie à une de ses plus astreignantes conditions contemporaines. » (Badiou)

 

 

11/07/2005

Clasticisme et vélocité

« Sardaukar : soldats fanatiques de l'Empereur Padishah. Ces hommes étaient formés dans un milieu hostile au sein duquel six personnes sur treize trouvaient la mort avant d'atteindre l'âge de onze ans. Leur entraînement militaire impitoyable développait leur férocité tout en éliminant presque l'instinct de conservation. Dès l'enfance, on leur enseignait l'utilisation de la cruauté et de la terreur. [...] Sous le règne de Shaddam IV, leur puissance subit l'effet de leur trop grande confiance et leur mystique guerrière fut sapée par le cynisme. » (Herbert)

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« Il était guerrier et mystique, féroce et saint ; il était retors et innocent, chevaleresque, sans pitié, moins qu'un dieu, plus qu'un homme. On ne peut mesurer Muad'Dib selon des données ordinaires. [...] Car, souvenez-vous bien : nous parlons du Muad'Dib qui revêtit ses tambours de la peau de ses ennemis, qui rejeta toutes les conventions de son passé ducal en déclarant simplement : "Je suis le Kwisatz Haderach. Cette raison me suffit." » (Herbert)

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« il faut comprendre ou mourir » (Russell)

 

 

 

 

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La vitesse de la pensée est d’autant plus rapide qu’il n’y a pas de Moi, c’est-à-dire d’Autre, mais un opérateur moi qui génère la synthèse instantanée de l'aperception et produit la réflexivité. Plus on est narcissique, moins la pensée est rapide. Mais plus on est narcissique, plus le sentiment de sécurité est grand. En temps de paix. Sinon, à la moindre agression, l'on doit s'assurer à chaque instant d'éviter la coïncidence totale et perpétuelle avec le lieu du S. Malheur à ceux qui n'y furent pas formés. Il y est certes révélé « notre totalité ». Mais si une totalité peut être une œuvre d’Art, elle est aussi une chose morte, « nature morte », certes pourvoyeuse de vie, mais morte pour elle-même. Ainsi le fétichisme est-il en fait production de pharmakon, de schizophrène. Ceux-ci deviennent des touts psychiques à cause d’un autre agissant comme l’Autre. Car personne ne se sacrifie jamais, il n’y a que des sacrifices, c’est-à-dire des assassinats. Corollaire : la pulsion de mort freudienne (Thanatos) n’est que l'empreinte du Socius sur la « part réactive » : elle ne peut pas faire partie de l’essence. C’est la marque de la pire des servitudes, celle qui est parfaitement intériorisée. Y est accomplie la mort psychique. Cependant, il est nécessaire que se produise suffisamment d’inconscient pour « respirer », c’est-à-dire pour rester vivant, et pour avoir une mémoire disponible, c’est-à-dire sous forme compressée et non sous celle, déployée, d’un « tableau ». Le moi comme frein moteur.

Le bon narcissisme, en tant que réussite de la phase du miroir, c'est-à-dire, non psychanalytiquement, refus d'identification donc compréhension de la réalité de l'illusionnisme de l'image, c'est la constitution d'une histoire évolutive dont la cohérence globale est suspendue à l'instant, ouverte à la dure pureté de l'événement réel. Le moi donc, comme fiction nécessaire et variable : matière et chronologie et forme égoïque, qui sont des instances séparables et pouvant subsister chacune par elle-même. Mais le Soi ne s'y réduit pas. Le mauvais narcissisme, c'est donc la croyance de type transitif, le culte de la fiction, de la fixion, du Moi.

Oui, le moment où l’on comprend tout est celui de la mort. En effet, le mouvement du noûs, celui qui produit l’ouverture, qui constitue l’Ouvert, lorsqu’il cesse, laisse place à une totalité bornée, déployée, dépliée. C’est bien le mystère du Tout qu’il importe d’éclaircir, c’est-à-dire de ce qui fait qu’une totalité est totalité. Et c’est du côté de la psychogenèse qu’il convient d’en chercher la solution : première altérité rencontrée, néoténie de l’animal humain. C’est d’ailleurs pourquoi le langage de l’être humain en tant qu'être social puisque langagier produit logiquement le Moi. Il est à noter que le Moi substantiel n’est que la perturbation du rapport de Soi à Soi (c’est-à-dire de la réflexivité) et ce, à d'évidentes fins d’asservissement.

Wittgenstein erre. Il n'est pas question de « totalité bornée » quant au Mystique, mais seulement de cohérence. Exo-consistance versus endo-consistance. Le Mystique est « indépliable » intégralement dans le langage, puisqu’il n’est pas même un métalangage. Il n’est pas totalement homogène au langage puisqu’il est l’intensité qui « s’énergise » dans l’extension qu’est le langage. Il relève de l’éternel, non du temporel. Pli selon pli. Sa combinatoire, dont l'opérateur est le Logos, est le langage en tant qu'infini actuel d'une puissance immédiatement inférieure et dont la périodicité, par conséquent, est signifiante.