09/07/2005
Ordres et beautés (métamorphisme)
« [...] quand Caligula fit son cheval consul, il fallait bien que l'on entendît les ordres qu'il donnait dans l'exercice de cette charge. » (Arnauld & Nicole, Logique)

« Aimai-je un rêve ? [...]
Faune, l'illusion s'échappe des yeux bleus
Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste:
Mais, l'autre tout soupirs, dis-tu qu'elle contraste
Comme brise du jour chaude dans ta toison ? »
(Mallarmé)
« Et du côté des eaux premières me retournant avec le jour, comme le voyageur, à la néoménie, dont la conduite est incertaine et la démarche est aberrante, voici que j’ai dessein d’errer parmi les plus vieilles couches du langage, parmi les plus hautes tranches phonétiques : jusqu’à des langues, très lointaines, jusqu’à des langues très entières et très parcimonieuses,
Comme ces langues dravidiennes qui n’eurent pas de mots distincts pour "hier" et pour "demain". Venez et nous suivez qui n’avons mots à dire : nous remontons ce pure délice sans graphie où court l’antique phrase humaine ; nous nous mouvons parmi les claires élisions, des résidus d’anciens préfixes ayant perdu leur initiale, et devançant les beaux travaux de linguistique, nous nous frayons nos voies nouvelles jusqu’à ces locutions inouïes, où l’aspiration recule au-delà des voyelles et de la modulation du souffle se propage, au gré de telles labiales mi-sonores, en quête de pures finales vocaliques… » (Saint-John Perse)
19:00 | Lien permanent | Commentaires (0)
08/07/2005
Hora fugit (toi non plus)
« - Je vous aimais. Sans adjectif. Pas au passé. » (chose entendue)

« Tu as raison, tu as tort. » (Sternberg - une réplique de Claude Rich extraite de Je t'aime je t'aime)
NB:
Alain Resnais, le réalisateur : « J'espère avoir raconté un conte de fée de science-fiction sur le thème vieux de trois mille ans : l'existence est une étrange aventure. Je ne comprends pas pourquoi on est sur terre. »
Jacques Sternberg, le scénariste : « Le travail s'est étalé sur cinq ans, avec des moments où nous le laissions dormir pendant des mois. Disons qu'en tout, ça doit représenter deux ans et demi de réflexions et d'écriture. Je les ai passés dans la jubilation la plus totale. Claude Ridder, c'est le personnage dans lequel j'ai mis le plus de moi-même, je crois. »
Jean-Louis Bory, critique : « Pas une obscurité, pas de contradiction, pas un plan qu'on ne situe à sa place exacte, qu'on ne raccorde aux autres… C'est une débauche de matière grise. Et chose extraordinaire – faut-il en remercier Claude Rich, étonnant de vérité chaleureuse – ce film, à force d'intelligence, finit par être humain. »
13:35 | Lien permanent | Commentaires (8)
07/07/2005
Anecdotisme aigu
« Si on avait ôté de ce que l'on appelle force le désir de conserver et la crainte de perdre, il ne lui resterait pas grand chose. » (La Rochefoucauld)
*
Il y a quelques heures, Michael Cimino, accompagné de sa jeune blonde réglementaire, expliquait à une salle de cinéma parisienne d'avance conquise, voix éteinte et lunettes noires, le stetson blanc vissé au crâne, que ces fameuses scènes de roulette russe de The Deer Hunter, si réussies, avaient un secret. Sur le tournage - si, si, je vous assure! - il ne s'était pas agi d'un jeu. Oui, tout avait été réel, même les coups sur le visage de Chris(topher) Walken, dûment authentifiés par des rougeurs et des larmes. Rassurons-nous tout de même. Car, pour chaque coup, les autochthones faisaient une prière. En effet - et ceux qui l'ignoraient furent affranchis par Mike - en Thaïlande, où ce film fut tourné, le visage est sacré. Les mânes de Lévinas peuvent donc s'apaiser.

Et ceci, ad nauseam... Ah, oui, Michel Ciment n'était pas malade, mais assoupi. Isabelle Huppert, quant à elle, paraissait juste désespérée, mais resta parfaitement digne. Sinon, selon le maître, qui - il le dit lui-même - n'en est pas un, il faut garder le "coeur vivant". On avait failli oublier.
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06/07/2005
Logisticisme aigu
« Car l'absolu ne rend jamais heureux, il ne fait qu'imposer des décisions. » (Zweig)

« Il n'avait point à instruire l'ignorance mais à réformer la perversion. Pour une telle cure, il fallait frapper fort, et non user de persuasion ni de flatterie, et plus le contraste serait violent entre les vrais principes et les maximes dominantes, plus il pouvait espérer de provoquer sur ce point la réflexion. Il fut le Dracon de son temps, parce que son temps ne lui paraissait pas digne encore d'avoir un Solon, ni capable de le recevoir. Du sanctuaire de la raison pure il fit sortir la loi morale, étrangère alors et pourtant, d'autre part, si connue : il la fit paraître dans toute sa sainteté devant le siècle dégradé, et s'inquiéta peu de savoir s'il y a des yeux trop faibles pour en soutenir l'éclat.» (Schiller)
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04/07/2005
In & out (end of week-end)
« Parlons maintenant selon les lumières naturelles. » (Pascal)
*
« La jeunesse est une ivresse continuelle; c'est la fièvre de la raison. » (La Rochefoucauld)

« Je veux me baigner, mais je veux encore maintenir ma volonté dans un état conforme à la nature. » (Epictète)
*
« I'm coming out. » (Diana Ross)
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