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10/09/2005

Narcisse à Colone

« Notre âme minuscule, à demi condamnée,

S'agite entre les plis, et puis s'immobilise.

[...]

Nous avons combattu des puissances hostiles.

Puis nos bras amaigris ont lâchés les commandes.

Et nous avons flotté loin de tous les possibles.

La vie s'est refroidie, la vie nous a laissé.

Nous contemplons nos corps, à demi effacés

Dans le silence émergent quelques data sensibles.

[...]

Bientôt les êtres humains s'enfuiront hors du monde.

Alors s'établira le dialogue des machines.

Et l'informationnel remplira, triomphant,

Le cadavre vidé de la structure divine.

Puis il fonctionnera jusqu'à la fin des temps. »

(Houellebecq, Présence Humaine)

 

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Face au mur, et avec talent, elle chantait des complaintes nihilistes.

Elle avait bien trop peur de se retourner. Oui, elle aurait vu d'autres humains, c'est-à-dire qu'elle aurait compris, dans le miroir de leur regard, sa propre finitude.

Qui chante la mort, ne l'a pas traversée, n'est pas encore né, perdu dans les limbes d'un utérus pastel, indéterminé sous la perfusion d'un placenta tout-puissant. Toute scission, toute décision y serait atteinte intolérable. Naissance. La mort du Tout. Que ce terme équivaille à "cercle carré" serait le blasphème par excellence, la naissance à soi comme être libre et mortel. La singularisation, en somme : Narcisse mourant sans Echo, dans le silence des entrailles glacées de la machine célibataire.

Tu as peur, ma douce.

Tu as peur de la vie. Tu as peur de la mort.

Tu as peur, ma douce.

Face au mur, et avec talent, elle chantait des complaintes nihilistes.

08/09/2005

Réintroduction à la présence

« Quelque cinq cents ans avant l'ère chrétienne se produisit dans la grande Grèce la meilleure chose que l'histoire universelle enregistra : la découverte du dialogue. La foi, la certitude, les dogmes, les anathèmes, les prières, le interdictions, les ordres, les tabous, les tyrannies, les guerres et les gloires accablaient l'orbe ; quelques Grecs - nous ne saurons jamais comment - contractèrent la singulière habitude de converser. Ils doutèrent, persuadèrent, furent en désaccord, changèrent d'opinion, ajournèrent. Peut-être leur mythologie les aida-t-elle : c'était, comme le shinto, une conjonction de fables imprécises et de cosmogonies changeantes. Ces conjectures éparses constituèrent le premier ferment de ce que nous nommons aujourd'hui, non sans pompe, la métaphysique. Sans ces quelques Grecs causeurs la culture occidentale est inconcevable. » (Borges)

*

« Il n'y a plus de temps ni de lieu. [...] Tout a lieu, tout est là, et tout est phénomène. Aucun événement ne semble justifié. Il faudrait parvenir à un coeur clarifié [...] J'aimerais adhérer à quelques artifices [...] Je suis la bouée qui soutient l'enfant mort [...] Je suis l'instant présent [...] Mes lèvres s'écartaient pour un cri invisible [...] Nous avons pénétré, sans souffrance et sans bruit, les peaux superposées de la présence divine. Nous étions côté à côte sur une route étroite. Nous avions des moments d'amour injustifiés. » (Houellebecq)

 

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Selon Aristote, est nécessaire « ce qui ne peut pas être autrement qu'il n'est. » C'est « par soi» et « nécessairement » que sont les principes. Ainsi, leur cause se trouvent-elles en eux. Ce qui signifie que rien d'extérieur n'a la possibilité de les altérer, de les rendre autres. La nécessité du noûs, bien que d'une manière différente, exprime une nécessité similaire. Kath' hauto. Autoposition. Voilà ce qui permet d'intuitionner la nécessité des principes. Bien loin de représenter une hallucination ontologique au sein d'une théorie du syllogisme, l'autoposition désigne la nécessité comme une modalité de l'autarcie. Cette dernière est parfaitement définie par Aristote. En effet, ce qui est esclave, c'est-à-dire ce qui est par l'autre, donc ce qui n'est pas par soi, n'est pas autarcique.

 

Tout lecteur de Spinoza n'en manquera ni l'écho fondamental ni ses conséquences logico-éthiques. De même, et de manière complémentaire, les connaisseurs d'Arendt se souviendront de ce passage : « C'est seulement parce que je peux parler avec les autres que je peux également parler avec moi-même, c'est-à-dire penser. Par conséquent Aristote a tort : l'ami n'est pas "un autre moi", c'est le moi qui est un autre ami. » (Journal, 1968)


N'est-ce pas la présence même de l'ami au sein de la philosophie (et du champ d'immanence corrélatif) qui - laissons ici l'adverbe en blanc - la met à distance de la sagesse, c'est-à-dire, selon la leçon assourdie et paradoxale de Kojève, de la fin de l'histoire ?

 

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