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21/10/2010

Ne viator aberret


« — [J]e n'ai pas l'impression d'être éternel, dit-il, la voix mal assurée.
— L'important [...] est de l'avoir été pendant quelques jours. » (Jean-Louis Curtis)

 

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Nous proposons ci-après notre traduction de Time and Physical Geometry. Ce texte de Hilary Putnam est paru dans The Journal of Philosophy, Vol. 64, No. 8, en avril 1967. L'auteur estime y démontrer que « les énoncés contingents au sujet des événements futurs ont déjà une valeur de vérité », et en vient à conclure que « le problème de la réalité et du caractère déterminé des événements futurs est désormais résolu [...] par la physique et non par la philosophie. »

 

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Le Temps et la Géométrie Physique


Par Hilary Putnam

 

Je pense que si nous tentions d’énoncer l’opinion de « l’homme de la rue » sur la nature du temps, nous découvririons que le principe majeur à la racine de ses convictions en la matière pourrait être exprimé comme suit :


(1) Toutes les choses (et seulement elles) qui existent maintenant sont réelles.


Les choses futures (qui n’existent pas encore) ne sont pas réelles (selon ce point de vue) ; même si elles seront bien entendu réelles lorsque le temps approprié sera devenu le temps présent. De manière similaire, les choses passées (qui ont cessé d’exister) ne sont pas réelles, même si elles furent réelles dans le passé.


Il nous faudra manifestement faire des hypothèses concernant le concept de réel si nous voulons pouvoir discuter le point de vue de l’ « homme de la rue ». Voici celles que je ferai [...]

 

Ici, l'intégralité en .pdf.

 

 

12/10/2010

Arte mira mortalium temperat horas

 

« [S]oi disant pour quelques minutes, de fait pour l’éternité. » (Echenoz)

 

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En 1949, paraissait un article capital de Gödel intitulé A Remark about the Relationship between Relativity Theory and Idealistic Philosophy, et qui examine en particulier la question de l'éventuelle irréalité du temps. En voici notre traduction.

 

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Une Remarque au sujet de la Relation entre la Théorie de la Relativité et la Philosophie Idéaliste

Par Kurt Gödel

 

L’un des aspects les plus intéressants de la théorie de la relativité pour les esprits philosophiques consiste en ce qu’elle a apporté des idées nouvelles et surprenantes sur la nature du temps, cet être mystérieux et apparemment auto-contradictoire qui, par ailleurs, paraît former le fondement de notre existence et de celle du monde. Le point de départ même de la théorie de la relativité restreinte consiste dans la découverte d’une nouvelle propriété du temps très étonnante, à savoir la relativité de la simultanéité, qui dans une large mesure implique celle de la succession. L’affirmation selon laquelle les événements A et B sont simultanés (et, pour une large classe de paires d’événements, également l’affirmation selon laquelle A se produit avant B) perd son sens objectif, pour autant qu’un autre observateur, avec la même prétention à l’exactitude, peut affirmer que A et B ne sont pas simultanés (ou que B s’est produit avant A).

 

En suivant dans ses conséquences cette étrange situation, l’on est conduit à des conclusions relatives à la nature du temps qui s’avèrent en effet d’une grande profondeur. En résumé, il semble que l’on obtienne une preuve sans équivoque de la thèse de ces philosophes qui, tels Parménide, Kant, et les idéalistes modernes, nient l’objectivité du changement et considèrent celui-ci comme étant une illusion ou une apparence due à notre mode de perception spécifique . L’argument procède ainsi : le changement n’est possible que par le biais du passage du temps. L’existence d’un passage objectif du temps, toutefois, signifie (ou, du moins, est équivalent au fait) que la réalité consiste en une infinité de couches de « maintenant » qui viennent successivement à l’existence. Mais, si la simultanéité est quelque chose de relatif au sens que l’on vient d’expliquer, la réalité ne peut pas être séparée en de telles couches d’une manière objectivement déterminée. Chaque observateur a son propre ensemble de « maintenant », et aucun de ces différents systèmes de couches ne peut prétendre représenter le passage objectif du temps.

 

Cette inférence n'a été remarquée que par quelques très rares philosophes, mais elle n'en a pas moins été remise en question [...]

 

L'intégralité, ici, en .pdf.

 

 

10/10/2010

Tempus regit actum

 

« Le temps est le moyen par lequel Dieu a réalisé l'inconcevable que p et non-p soient tous deux vrais, et l'inconcevabilité du temps est l'expression de ce que cette merveille dépasse notre force de compréhension. » (Gödel)

 

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« [P]our tuer le temps il relut tous ses papiers d'identité.  » (Echenoz)

 

 

 

01/10/2010

μίμησις / ποίησις / ἀλληγορία

« Il semble donc que si un homme capable par son talent de se transformer de mille manières et d'imiter toutes sortes de choses venait en personne dans notre cité avec le projet d'y représenter ses compositions poétiques, nous le vénérerions comme un être sacré, merveilleux, délicieux, mais nous lui dirions qu'il n'y a pas d'homme comme lui dans notre cité, et qu'il n'est pas conforme à la loi qu'il s'y intègre. » (Platon, République, III, 398a)

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« Tant qu'on demeure dans la poésie, on demeure dans la vérité […] La poésie ne précède pas seulement le roman ; elle précède aussi, et de manière plus directe, la philosophie. Si Platon laisse les poètes à la porte de la fameuse cité, c’est qu’il n’a plus besoin d’eux (et que, devenus inutiles, ils ne tarderont pas à devenir dangereux). » (Michel Houellebecq, Interventions)

 

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(Le Poète, par Henri Martin)

 

« [I]l est ancien le conflit entre la philosophie et l'art de la poésie . Et en effet, "la chienne qui aboie contre son maître", cette "glapissante" [...] et mille autres expressions qui sont les signes de leur vieille opposition le montrent clairement. » (Platon, République, X, 607b-c)

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« C'était l'année des P, j'ai appelé mon chien Platon, et j'ai réussi mon poème ; c'est un des meilleurs poèmes jamais écrits sur la philosophie de Platon - et probablement aussi sur les chiens [...] Un chien porte déjà en soi un destin individuel et une représentation du monde, mais son drame a quelque chose d'indifférencié, il n'est ni historique ni même véritablement narratif, et je crois que j'en ai à peu près fini avec le monde comme narration - le monde des romans et des films, le monde de la musique aussi. Je ne m'intéresse plus qu'au monde comme juxtaposition - celui de la poésie, de la peinture » (Michel Houellebecq, La carte et le territoire)

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« La poésie est le lien rigoureux qui lie ce qui est sans rattachement. » (Martin Heidegger, Souvenir)

 

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(Le Philosophe, par Henri Martin)

 

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(Le Travail Intellectuel, par Henri Martin)

 

« En 1875, Prosper Chabrol construisit l’actuelle salle de l’Assemblée générale. Les quatre toiles qui la décorent sont de Henri Martin et datent des années 1920. Ce sont des allégories de "l’Agriculture", du "Commerce", de "l’Industrie" et du "Travail intellectuel". L’ensemble porte le titre de "La France laborieuse se présentant au Conseil d’État". L’auteur a choisi de représenter une scène de moisson, la place de la Concorde en travaux, les pêcheurs de Marseille devant le Vieux-Port. Le symbole de la pensée est figuré sous la forme d’un vieil homme marchant dans la forêt. »  (site Internet du Conseil d'Etat)

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« Dans la part la plus numériquement importante de la série des "métiers", celle que les historiens d'art ont pris pour habitude d'intituler la "série des métiers simples", Jed Martin ne représente pas moins de quarante-deux professions-type, offrant ainsi, pour l'étude des conditions productives de son temps, un spectre d'analyse particulièrement étendu et riche.» (Michel Houellebecq, La carte et le territoire)

 

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(Conseil d'Etat, Salle de l'Assemblée générale)

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(Ibid.)

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(Ibid.)
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(L'Agriculture, par Henri Martin)

 

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(Eté, par Henri Martin)
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(Les Moissonneurs, par Henri Martin)
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(La récolte, par Henri Martin)


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(La Vendangeuse, par Henri Martin)
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(Laboureur au fond d'une combe, par Henri Martin)
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(Laboureurs préparant les vignes dans le Quercy, par Henri Martin)


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(Le laboureur, par Henri Martin)
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(Le port de Marseille, par Henri Martin)
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(Le sulfatage, par Henri Martin)
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(Le travail, par Henri Martin)
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(Les vendanges, par Henri Martin)
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(Paysanne dans les champs, par Henri Martin)
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(Retour des champs, par Henri Martin)
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(Vendangeur à genoux, par Henri Martin)
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(Femme lavant des vêtements, par Henri Martin)
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(Femmes cousant, par Henri Martin)

« [S]i, dans l'art plastique, l'allégorie est inadmissible, elle est en poésie très admissible et très utile. Dans l'art plastique, en effet, elle conduit de la donnée intuitive, de l'objet propre de tout art, à la pensée abstraite ; dans la poésie, au contraire, le rapport est inverse ; ici ce qui nous est directement offert par le moyen des mots, c'est le concept ; or l'artiste a toujours pour but de nous conduire du concept à l'intuition, intuition que l'imagination de l'auditeur doit se charger de représenter. Si, dans l'art plastique, la donnée directe nous conduit à une perception autre qu'elle-même, ce ne peut être qu'à une abstraction, car il n'y a que l'abstrait qui ne puisse pas y être représenté immédiatement ; mais un concept ne doit jamais être le point de départ, ni sa communication le but d'une œuvre d'art. Au contraire, en poésie, c'est le concept qui constitue la matière, la donnée immédiate, et l'on peut parfaitement s'élever au-dessus de lui pour évoquer une représentation intuitive tout à fait différente dans laquelle le but de la poésie se trouve atteint. » (Arthur Schopenhauer, Le Monde comme Volonté et comme Représentation)